Jeunesse et contexte familial (1870–1880)
Albert Fish, né Hamilton Howard Fish le 19 mai 1870 à Washington, D.C., a grandi dans un environnement familial profondément troublé, marqué par la maladie mentale. Son père, Randall Fish, avait 75 ans à sa naissance et est décédé alors qu’Albert n’avait que cinq ans. Sa mère, Ellen Francis Howell, connaissait des difficultés financières et l’a placé à l’orphelinat Saint John.
À l’orphelinat, Fish a subi de graves sévices physiques. De manière troublante, il a admis plus tard qu’il avait commencé à éprouver du plaisir lors de ces passages à tabac, un signe précoce des tendances pathologiques qui allaient définir sa vie. Il a adopté le prénom « Albert » pour éviter les moqueries des autres enfants.
Adolescence et développement psychologique (années 1880)
Après avoir quitté l’orphelinat vers 1880, Fish est retourné vivre avec sa mère. Durant son adolescence, son comportement est devenu de plus en plus déviant. Vers l’âge de 12 ans, il a entamé une relation avec un télégraphiste qui l’a initié à des pratiques sexuelles extrêmes et taboues.
Fish a développé des habitudes voyeuristes, fréquentant fréquemment les bains publics pour observer les autres. Il a également commencé à avoir des fantasmes et des comportements perturbants qui allaient s’intensifier avec le temps. Son exposition précoce à la maltraitance, combinée à une forte prédisposition héréditaire à la maladie mentale, a contribué à son profil psychologique profondément perturbé.
Début de l’âge adulte et escalade (1890–1910)
En 1890, Fish a déménagé à New York, où il a travaillé comme peintre en bâtiment tout en se livrant secrètement à la prostitution masculine. Durant cette période, il a commencé à agresser sexuellement de jeunes garçons, ciblant souvent des enfants vulnérables de moins de six ans.
En 1898, il a épousé Anna Mary Hoffman, avec qui il a eu six enfants. Bien qu’il semblait mener une vie de famille normale, les pulsions déviantes de Fish se sont intensifiées. En 1903, il a été arrêté pour vol qualifié et incarcéré à la prison de Sing Sing.
Vers 1910, Fish a rencontré un jeune homme nommé Thomas Bedden. Dans l’un de ses premiers actes de violence extrême connus, Fish a torturé et mutilé Bedden, lui coupant une partie du corps avant de le laisser en vie. Cela a marqué un tournant, passant d’un comportement déviant à une violence purement sadique.
Déclin mental et automutilation (années 1910–1920)
Après le départ de sa femme en 1917, l’état mental de Fish s’est rapidement détérioré. Il a commencé à souffrir d’hallucinations auditives, affirmant que des voix divines lui ordonnaient de faire du mal aux enfants. Il s’est livré à des automutilations extrêmes, s’insérant des aiguilles dans le corps, ce qui a été confirmé plus tard par des radiographies montrant des dizaines d’aiguilles logées dans son bassin.
Fish pratiquait diverses formes de masochisme et s’infligeait régulièrement de la douleur. Malgré ces comportements, il n’existe aucune preuve solide qu’il ait physiquement maltraité ses propres enfants.
Durant cette période, il a également intensifié ses crimes contre autrui. Il a ciblé des personnes marginalisées, notamment des enfants handicapés et des Afro-Américains, pensant que leur disparition attirerait moins l’attention.
Transition vers le meurtre (1919–1927)
Dès 1919, Fish avait commencé à commettre des agressions violentes sur des enfants. Il a admis plus tard avoir poignardé un garçon souffrant d’un handicap intellectuel. Ses méthodes sont devenues de plus en plus méthodiques, et il a développé ce qu’il appelait ses « instruments de l’Enfer », un ensemble d’outils comprenant des couteaux et une scie utilisés pour la torture et le démembrement.
En 1924, il a tenté d’enlever Beatrice Kiel dans une ferme de Staten Island, mais a été mis en échec par ses parents. Cet incident a démontré à la fois son approche prédatrice et sa volonté d’agir en plein jour.
Le meurtre de Grace Budd (1928)
Le crime le plus tristement célèbre d’Albert Fish fut le meurtre de Grace Budd, âgée de 10 ans.
En 1928, Fish a répondu à une petite annonce publiée par le frère de la victime qui cherchait du travail. Sous le pseudonyme de « Frank Howard », Fish a rendu visite à la famille Budd à Manhattan, ayant initialement l’intention de cibler le frère, mais reportant finalement son attention sur Grace.
Il a convaincu ses parents de la laisser l’accompagner à une prétendue fête d’anniversaire. Au lieu de cela, il l’a emmenée dans une maison abandonnée à Irvington, dans l’État de New York. Là, il l’a étranglée, a mutilé son corps et a cannibalisé ses restes pendant plusieurs jours.
Ce crime s’est distingué non seulement par sa brutalité, mais aussi par les aveux écrits ultérieurs de Fish, qui ont fourni des détails glaçants sur l’acte.
Arrestation et enquête (1934)
Fish a échappé à la capture pendant des années jusqu’en 1934, date à laquelle il a envoyé une lettre anonyme à la famille de Grace Budd décrivant le meurtre avec des détails graphiques. La lettre a été retracée grâce au papier à lettres lié à une pension de famille à New York.
Le détective William King a mené l’enquête et a arrêté Fish après l’avoir localisé. Lorsqu’il a été confronté, Fish a tenté d’attaquer avec une lame de rasoir, mais a été maîtrisé et placé en détention.
Procès et évaluation psychologique (1935)
Le procès de Fish a débuté en 1935 à White Plains, dans l’État de New York. Sa défense a plaidé l’aliénation mentale, citant ses hallucinations et sa conviction qu’il exécutait des ordres divins.
Des psychiatres ont témoigné que Fish présentait de nombreuses paraphilies extrêmes, notamment le sadisme, le masochisme et le cannibalisme. Malgré des preuves accablantes de maladie mentale, le tribunal l’a déclaré pénalement responsable.
Il a été reconnu coupable du meurtre de Grace Budd et condamné à mort.
Exécution et derniers jours (1936)
Albert Fish a été exécuté sur la chaise électrique en janvier 1936. Détail troublant, il aurait aidé à positionner les électrodes sur son propre corps.
Ses derniers mots auraient été : « Je ne sais même pas pourquoi je suis ici. »
Après sa mort, son avocat, James Dempsey, a révélé que Fish avait écrit une déclaration finale remplie d’obscénités extrêmes, qu’il a refusé de rendre publique en raison de son contenu perturbant.
Héritage et impact culturel
Les crimes d’Albert Fish restent parmi les plus horribles de l’histoire américaine. Son cas a été largement étudié en criminologie et en psychologie en raison de la combinaison de violence extrême, de maladie mentale et de cannibalisme.
Son histoire a inspiré de nombreux films et documentaires, dont The Gray Man (2007), ainsi que des références dans la musique de groupes comme Macabre.
L’héritage de Fish perdure en tant qu’étude de cas sur les extrêmes de la pathologie humaine et les limites de la psychologie criminelle.
